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Estimation et cote de l'artiste Jean-Baptiste Greuze
Jean-Baptiste Greuze (1725-1805) s’est fait connaître au XVIIIe siècle avec ses scènes familiales et ses portraits chargés d’émotion. Une jeune fille qui pleure, un enfant inquiet, une famille réunie : ses personnages racontent toujours quelque chose, ce qui séduit rapidement le public parisien. Aujourd’hui, ses tableaux les plus importants peuvent atteindre plusieurs millions aux enchères.
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Prix des œuvres de Jean-baptiste Greuze
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Peinture à l’huile (toile) : entre 15 000 € et plus de 600 000 €
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Dessin, sanguine, lavis, étude : entre 5 000 € et 150 000 €
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Pastel ou œuvre sur papier moins fréquente : entre 1 000 € et 20 000 €
Comment estimer une œuvre de Jean-Baptiste Greuze
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Quelle est la cote de Jean-Baptiste Greuze sur le marché de l’art ?
La cote des peintures à huile
Les huiles sur toile ou sur panneau constituent la partie la plus importante du marché de Greuze. Ses portraits et ses scènes de genre peuvent atteindre des prix très élevés lorsqu’ils sont bien documentés et reconnus comme autographes. Les œuvres importantes de sa période de maturité sont particulièrement recherchées.
Voici quelques ventes majeures et références :
- Une jeune fille qui pleure la mort de son oiseau (1757) : cette huile sur toile ovale, signée et datée par Greuze, a été adjugée 2 470 000 $ chez Christie’s à New York en avril 2024. Elle est devenue à cette occasion le nouveau record mondial de l’artiste aux enchères.
Innocence : une jeune fille en buste, vêtue d’une chemise blanche et regardant vers le haut (vers 1780) : cette huile a atteint 512 000 £ chez Christie’s à Londres en juillet 2005, pour une estimation de 150 000 à 250 000 £.
Le Petit Mathématicien (vers 1780) : cette huile sur toile de 46,4 × 38,1 cm possède une provenance particulièrement documentée, avec notamment les collections Demidoff, Potocki et Yousoupoff. Elle avait été vendue 115 500 $ chez Sotheby’s à New York en janvier 1988.
L’Effroi (XVIIIe siècle) : cette représentation d’une jeune fille effrayée illustre les célèbres études d’expression de Greuze. Une version sur panneau de 46,9 × 36,5 cm a été proposée chez Sotheby’s à New York en mai 2025 avec une estimation de 15 000 à 20 000 $. Le fait qu’elle soit alors décrite comme provenant d’une vente de 2021 sous l’attribution « cercle de Greuze » montre bien la prudence nécessaire lorsqu’une œuvre est réattribuée à l’artiste.
Ces écarts de prix sont importants à comprendre : le nom de Greuze inscrit au dos d’un tableau ne suffit absolument pas à lui donner une cote de plusieurs centaines de milliers d’euros. Pour cet artiste, la question de l’attribution peut changer radicalement la valeur.
La cote des dessins et œuvres sur papier
Greuze est également un dessinateur très recherché. Il a réalisé de nombreuses études de têtes, de personnages et de scènes destinées à préparer ses peintures ! Les fameuses « têtes d’expression » occupent une place importante dans son œuvre : Greuze y étudie une émotion à travers un visage, parfois pour la réutiliser ensuite dans une composition plus importante. Le marché peut être particulièrement élevé pour les dessins rares, bien conservés et accompagnés d’une provenance ancienne.
Voici quelques résultats de ventes :
- Tête d’enfant portant un bonnet (XVIIIe siècle) : ce dessin à la sanguine a été vendu 85 500 € chez Christie’s à Paris en mars 2015, pour une estimation de 60 000 à 80 000 €. Il s’agissait alors d’un record mondial pour un dessin de Greuze.
Tête d’enfant portant un bonnet (XVIIIe siècle) : le même dessin a ensuite été revendu 101 600 $ chez Sotheby’s à New York en février 2026. Il avait déjà atteint 92 300 $ chez Christie’s en 2015.
Maman, ou La Bonne Mère (XVIIIe siècle) : cette feuille à la pierre noire, plume, encre noire et lavis a une provenance exceptionnelle, puisqu’elle est passée par plusieurs collections anciennes et a notamment été vendue à Paris dès 1778. Elle est également répertoriée dans le catalogue raisonné de Greuze.
Le Retour du fils prodigue (XVIIIe siècle) : ce grand dessin signé et daté fait partie des œuvres sur papier les plus importantes de Greuze apparues sur le marché. Sotheby’s souligne notamment sa rareté et le fait que très peu de dessins de cette ampleur ont été proposés aux enchères depuis 2005.
Pour un dessin de Greuze, la technique compte énormément : sanguine, pierre noire, lavis ou combinaison de plusieurs techniques ne correspondent pas forcément aux mêmes périodes ni aux mêmes usages. La provenance est également précieuse, surtout lorsqu’elle remonte à des collectionneurs du XVIIIe ou du XIXe siècle.
La cote des estampes et gravures
Greuze n’est pas principalement recherché pour des estampes originales comme peuvent l’être certains graveurs. En revanche, ses peintures ont été largement diffusées par la gravure au XVIIIe siècle. Des graveurs ont reproduit ses compositions, ce qui a largement contribué à faire connaître son travail auprès du public.
Quelques exemples permettent de comprendre ce marché :
- Le Geste napolitain (vers 1763) : cette composition de Greuze a notamment été reproduite par Pierre-Étienne Moitte sous la forme d’une gravure. Le Metropolitan Museum of Art conserve cette estampe réalisée d’après Greuze.
Le Petit Mathématicien : la composition a elle aussi été gravée, ce qui témoigne de son succès auprès du public. Christie’s et Sotheby’s signalent notamment une gravure de cette œuvre dans leurs notices.
Il faut donc être particulièrement prudent si vous possédez une gravure portant le nom de Greuze. Une œuvre « d’après Greuze » n’est pas une estampe originale réalisée par Greuze lui-même. Cette distinction est fondamentale pour l’estimation.
Comment reconnaître une peinture de Jean-Baptiste Greuze ?
Greuze est surtout connu pour ses personnages représentés de près, souvent des enfants, des jeunes femmes ou des familles. Les visages occupent une place très importante dans ses tableaux. Il cherche à faire comprendre immédiatement ce que ressent son personnage : tristesse, peur, tendresse, surprise ou inquiétude. Cette attention portée aux expressions explique aussi le succès de ses « têtes d’expression », réalisées à l’huile ou au dessin.
La peau est un autre élément intéressant à observer. Dans ses meilleures œuvres, Greuze soigne particulièrement les visages et les mains. Les chairs sont modelées avec des changements subtils de couleur et de lumière, tandis que les vêtements permettent de montrer sa maîtrise des matières. Dans Une jeune fille qui pleure la mort de son oiseau, Christie’s souligne par exemple la finesse des carnations, mais aussi le soin apporté aux cheveux, aux perles, au tissu et aux plumes du petit oiseau.
Le sujet peut également mettre sur une piste. Greuze représente souvent des scènes de la vie familiale et des personnages pris dans une situation qui raconte quelque chose. L’Accordée de village, peinte en 1761, en est un excellent exemple : le tableau montre les fiancés entourés de leur famille au moment où le père de la jeune femme remet sa dot au futur époux. Le Louvre conserve l’œuvre originale et précise qu’elle fut présentée au Salon de 1761.
Comment reconnaître la signature de Jean-Baptiste Greuze ?
Greuze signe certaines œuvres de manière bien visible, mais il n’existe pas une signature unique permettant d’authentifier automatiquement un tableau. Un exemple particulièrement intéressant est Une jeune fille qui pleure la mort de son oiseau, signé et daté « I. GREUZE. 1757 » sur la cage de l’oiseau, dans l’angle inférieur droit. Cette signature est directement intégrée à la composition.
Il faut donc regarder la signature, mais aussi son emplacement, sa couleur, son état et surtout la peinture qui l’entoure. Une signature ajoutée plus tard peut donner l’impression qu’une œuvre est ancienne alors qu’elle ne l’est pas. Le dos du tableau peut également apporter des informations : anciennes étiquettes, inscriptions, numéros de collection ou marques de marchands peuvent aider à retracer son histoire.
Cette prudence est particulièrement importante avec Greuze. Les maisons de ventes distinguent clairement les œuvres autographes des tableaux « attribués à », « cercle de », « atelier de » ou « d’après ». Ces mentions ne sont pas interchangeables et peuvent entraîner des différences considérables de prix.
Peinture de Jean-Baptiste Greuze : ce que regarde notre expert
René Millet, notre expert en tableaux anciens et peintures de maître, commence par regarder le visage des personnages. Chez Greuze, c’est souvent là que se trouve une grande partie des informations ! Il observe les yeux, la bouche, les joues, mais aussi la façon dont la lumière arrive sur le visage. Une jeune fille qui semble triste ou inquiète peut rappeler immédiatement les sujets de Greuze, mais Romain cherche surtout à savoir comment cette émotion est peinte.
Il regarde ensuite les mains, les cheveux et les vêtements. Ce sont des détails auxquels Greuze accorde beaucoup d’importance. Dans une bonne peinture, les matières ne sont pas traitées de la même façon : la peau est douce, les cheveux ont leur propre texture et les tissus sont peints avec suffisamment de précision pour donner une idée de leur matière. Dans Une jeune fille qui pleure la mort de son oiseau, Christie’s relève justement le travail très fin des cheveux, de la peau, de la soie, de la mousseline et des perles.
Romain vérifie aussi si le sujet et la manière de peindre correspondent à ce que Greuze réalisait à la période supposée du tableau. C’est particulièrement important pour cet artiste, car certaines compositions ont été reprises plusieurs fois. Le Petit Mathématicien en est un bon exemple : plusieurs versions existent et les spécialistes les comparent entre elles pour déterminer leur place dans l’œuvre de Greuze.
Enfin, Romain regarde tout ce qui peut raconter l’histoire du tableau. Une étiquette ancienne au dos, un numéro d’inventaire, une inscription ou un document de famille peut être très précieux. Pour un peintre du XVIIIe siècle comme Greuze, une provenance ancienne peut permettre de relier une œuvre à une collection connue ou à une vente historique. Faites confiance à Estimon’objet !
Jean-Baptiste Greuze, une vie entre Tournus, Paris et les grands collectionneurs
Jean-Baptiste Greuze naît à Tournus, en Bourgogne, en 1725. Il vient d’une famille modeste : son père exerce le métier de couvreur. Le jeune homme montre très tôt un intérêt pour le dessin et part étudier la peinture à Lyon avant de rejoindre Paris. Il travaille notamment auprès de Charles-Joseph Natoire et entre dans le monde artistique parisien au milieu des années 1750. En 1755, il présente ses premières œuvres à l’Académie royale.
Sa carrière prend rapidement de l’ampleur. Après un séjour en Italie avec son protecteur, l’abbé Louis Gougenot, Greuze revient à Paris en 1757 et connaît plusieurs succès au Salon. Ses scènes de la vie quotidienne rencontrent un véritable enthousiasme, notamment auprès de Denis Diderot, qui apprécie particulièrement leur dimension morale et émotionnelle. Avec L’Accordée de village, présentée au Salon de 1761, Greuze atteint l’un des grands moments de sa carrière. Le tableau entre finalement dans les collections de Louis XVI en 1782.
Greuze souhaite pourtant obtenir une reconnaissance encore plus prestigieuse. Il rêve d’être reçu à l’Académie royale comme peintre d’histoire, catégorie considérée comme la plus importante. En 1769, il présente Sévère et Caracalla, mais l’œuvre est mal accueillie et il est finalement reçu comme peintre de genre. Cette déception marque durablement ses relations avec l’institution. Il continue néanmoins à travailler pour des collectionneurs privés et produit de nombreux portraits, scènes familiales et études de têtes jusqu’à la fin de sa vie. Il meurt à Paris en 1805.
Ne vous fiez pas au visage seul ! Chez Greuze, les têtes d’expression sont particulièrement reconnaissables, mais elles ont aussi été largement reprises par l’atelier et copiées par d’autres artistes. Notre expert conseille donc de regarder aussi les détails moins évidents : la façon dont les cheveux sont peints, les mains, les vêtements et surtout la matière dans les zones de lumière. La comparaison avec les œuvres connues est indispensable, car certaines compositions de Greuze existent en plusieurs versions. Le Petit Mathématicien, par exemple, est connu à travers de nombreuses copies !