Estimation gratuite Louis Marcoussis

Louis Marcoussis

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Estimation et cote de l'artiste Louis Marcoussis

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Estimation gratuite Louis Marcoussis

Prix des œuvres de Louis Marcoussis

  • Peinture - entre 7 000 € et plus de 450 000 €

  • Aquarelle, gouache, encre sur papier - entre 1 500 € et 22 000 €

  • Estampe, lithographie, éditions - entre 150 € et 50 000 €

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Les premiers pas de Louis Marcoussis : de la Pologne à Paris

Louis Marcoussis, ou plutôt Ludwik Markous est né à Varsovie en 1878 dans une famille d’origine juive cultivée et nantie. Son père est industriel. En 1901, contre l’avis paternel, le jeune Marcoussis s’envole pour les Beaux-Arts de Cracovie, et suit les cours de Stanislawski, chantre de l’impressionnisme polonais. C’est à cette époque que Louis Marcoussis se tourne vers la France : il fréquente le groupe d’artistes « Jeune Pologne » qui rêve des avant-gardes parisiennes. Dès 1903, Marcoussis concrétise les aspirations du groupe et s’installe dans la capitale française. Il va à l’Académie Julian pendant un temps, et y fait la connaissance des peintres Roger de La Fresnaye et Robert Lotiron. Il commence à dessiner pour les journaux l’Assiette au beurre et La Vie Parisienne. En parallèle, il expose au Salon d’automne, dès 1905, et au Salon des indépendants dès l’année suivante. Son style est encore impressionniste, avec quelques accents de fauvisme, le mouvement de Matisse dont il découvre les coloris purs à Paris. Entre 1907 et 1910, Louis Marcoussis se consacre entièrement au dessin de journal et cesse de peindre.

1910 : retour à la peinture par le cubisme, et prolongement dans l’adhésion à la Section d’Or

En 1910, Louis Marcoussis rencontre Guillaume Apollinaire et Georges Braque, qui le présentent à Pablo Picasso. Le cubisme existe déjà, et sa découverte grâce à ses chefs de file va replonger Marcoussis dans ses envies de peindre. Il se remet à son art et adhère au cubisme. C’est Apollinaire qui convainc Louis Markous de changer de nom pour Marcoussis, (emprunté à un village français non loin de Paris) ce que l’artiste fait en 1911. Le peintre noue des liens avec les cubistes, et notamment avec Juan Gris. Il se lie également à Jacques Villon, Albert Gleizes, Jean Metzinger ou Francis Picabia, qui entendent, dans leur groupe de Puteaux, dit de la Section d’Or, travailler, dans le sillage du cubisme, à une peinture analytique et géométrique, mais claire, dont les sujets resteraient identifiables. Louis Marcoussis se joint à eux et expose au Salon de la Section d’Or en octobre 1912. Il épouse en 1913 la peintre polonaise avant-gardiste Alice Halicka, qui avait suivi l’enseignement de Maurice Denis et Paul Sérusier à l’Académie Ranson avant de le rencontrer. 

Le cubisme de Louis Marcoussis et l’épisode surréaliste

Jusqu’en 1927, Louis Marcoussis reste fidèle à ses inflexions cubistes. Ses compositions lisibles ont hérité de son goût pour le fauvisme, car les couleurs vives font ressortir chaque élément, le rendant identifiable. Il expose à l’étranger (en 1913 à la galerie berlinoise Der Strum, puis Genève et Bruxelles en 1920), mais aussi en France. Il participe notamment au Salon des indépendants de 1920 à 1926. Sa peinture géométrisante est intellectuelle ; Louis Marcoussis est avant tout guidé par un goût de l’idée et du défi. Il multiplie les compositions, mais aussi les techniques. Pendant dix ans, entre 1919 et 1929, il travaille la technique du fixé sous verre, peignant sur le revers d’une plaque de verre ses oeuvres cubistes pour leur donner plus d’éclat. En 1925, Marcoussis tient sa première exposition personnelle à la Galerie Pierre. Dès cette période, il commence à s’orienter vers le surréalisme. C’est le poète et ami Tristan Tzara qui écrit la préface du catalogue. En 1927, il s’est clairement détaché du cubisme, et s’est laissé séduire par le surréalisme. Son succès ne cesse pas pour autant, et en 1929, la galerie Georges Bernheim lui dédie une exposition de peintures. Cette même année, Jeanne Bucher fera de même. Louis Marcoussis est désormais – et depuis une décennie déjà – un peintre en vue, qui gravite dans les cercles mondains des poètes, des artistes et des riches mécènes parisiens ; le vicomte de Noailles ou les Rothschild, Gertrude Stein ou Max Jacob sont des personnages qui lui sont familiers.

La gravure, passion de Louis Marcoussis

À partir de 1931, Louis Marcoussis se passionne pour la gravure, et y consacre la majeure partie de son temps. En 1933 il devient même professeur de gravure à l’Académie Schlaepfer, située dans le quartier Montparnasse. Son graphisme plaît, et rencontre un écho international : à l’arts Club de Chicago en 1934 a lieu une exposition consacrée aux gravures de Marcoussis, qui transite dès l’année suivante vers la galerie Knoedler à New-York, où Marcoussis a exposé des oeuvres en 1933 déjà. En 1936, c’est le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles qui lui offre une exposition sur son oeuvre gravé. L’année d’après, ce sera sur ses peintures. La guerre met un bémol à sa brillante carrière ; en 1940 Marcoussis s’installe à Cusset avec sa famille, où il fréquente d’autres artistes exilés comme Le Corbusier. Il y réalise quelques planches gravées. Malade, il y meurt en 1941.

L’estimation des oeuvres de Louis Marcoussis

Le record pour une huile sur toile de Louis Marcoussis a été atteint en 2010 à Paris, lorsque l’oeuvre « Bocal au poisson, guitare… » a été vendue pour 400 000 euros (hors frais). Mis à part une oeuvre aux teintes brunes créée dans la droite lignée du cubisme de Braque et Picasso, et datée 1912, aucune autre oeuvre de Marcoussis ne peut prétendre à ce type de résultat. Les plus belles toiles cubistes, datées en général des années 1920 sont colorées, et leur prix peut varier de 40 000 à 150 000 euros selon la taille, la composition et le traitement. Les oeuvres de la phase surréaliste sont moins prisées, et donc plus abordables. De manière générale, il convient de dire que depuis 2010, la cote de l’artiste semble régresser ; seules les belles pièces restent à un haut niveau d’estimation. Comme pour les toiles, les dessins de la première période cubiste de Marcoussis sont les plus prisés ; plus de 151 000 euros pour une gouache en 2014, c’est un record. Cependant, toutes ses oeuvres ne se valent pas sur le marché, et un grand nombre partent pour des estimations assez basses, voire très basses, de quelques milliers à quelques centaines d’euros. Concernant les gravures, ce sont incontestablement les pointes-sèches qui figurent le portrait de Guillaume Apollinaire qui se disputent la palme : entre 30 et 50 000 euros. Les estimations chutent ensuite, malgré le fait que Marcoussis soit le premier graveur cubiste. Il faut compter environ 10 000 euros pour certaines compositions cubistes des années 1920 gravées, puis les estimations baissent de moitié pour des gravures postérieures. Tout dépend, bien-sûr, non seulement de la composition et de la date, mais du type de gravure, de la numérotation et des autres conditions qui définissent les valeurs d’une estampe. Beaucoup de gravures de Marcoussis se vendent pour des prix plus raisonnables que ceux précédemment cités. Vous souhaitez faire expertiser une oeuvre de Louis Marcoussis et recevoir son estimation. Remplissez votre demande via notre formulaire Faites estimer une oeuvre de Louis Marcoussis, et recevez une réponse sous quelques jours. C’est gratuit, et totalement confidentiel.  

Reconnaître la signature de Louis Marcoussis

Savoir reconnaître la signature de Louis Marcoussis est essentiel pour authentifier une œuvre de cet artiste majeur du cubisme, proche de Picasso, Braque et Apollinaire. Marcoussis signait la plupart de ses peintures, dessins et gravures soit de son nom complet « L. Marcoussis », soit d’un simple monogramme « L.M. » stylisé, en lettres capitales ou cursives. Ses signatures, sobres et discrètes, se situent le plus souvent dans l’angle inférieur droit ou gauche de la composition, tracées à la peinture noire ou brune sur toile, ou à l’encre et au crayon sur papier. Sur certaines gravures cubistes emblématiques, telles que Nature morte au compotier ou Le Violon, le monogramme « LM » apparaît intégré à la structure géométrique de l’image, renforçant la cohérence plastique de l’ensemble. À partir des années 1930, il signe plus systématiquement « Marcoussis », parfois accompagné de la date d’exécution. En raison de la circulation de nombreuses estampes et tirages posthumes, faire vérifier la signature d’un Louis Marcoussis par un expert reste indispensable. Sur Estimon’Objet, nos spécialistes de l’art moderne vous accompagnent dans l’identification, l’authentification et l’estimation de vos œuvres signées Louis Marcoussis, qu’il s’agisse d’une huile sur toile, d’un dessin ou d’une gravure.

Signature Louis Marcoussis
Expertise Signature Louis Marcoussis

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Mainie Jellett

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Estimation et cote de l'artiste Mainie Jellett

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Mainie Jellett et la découverte de la peinture

Mary Harriet Jellett, dite Mainie Jellett, est née en 1897 à Dublin dans une famille bourgeoise. Très tôt elle se tourne vers le dessin et les arts, et reçoit des leçons de Sarah Harrison, Elizabeth Yeats et Mary Manning. Puis elle intègre la Metropolitan School of Art de Dublin en 1914 avant de passer deux ans à la Westiminster School of Art de Londres, entre 1917 et 1919, où elle a notamment pour professeur le peintre renommé Walter Sickert. À cette période, elle produit des oeuvres dans le style impressionniste, et se décide à abandonner la musique (un goût transmis par sa mère) pour devenir peintre. Elle commence à exposer à la Royal Hibernian Academy de Dublin. 

Mais la jeune Mainie gagne une bourse, la Taylor Art Scholarship, qui lui permet d’entreprendre le voyage à Paris. À Londres, elle a rencontré Evie Hone, une jeune peintre qui deviendra sa fidèle compagne ; Mainie Jellett s’installera à Paris avec Evie Hone dès l’année 1920. 



Mainie Jellett à l’assaut de l’école de Paris et du cubisme

À Paris, Mainie Jellett découvre les avant-gardes, notamment le fauvisme de Matisse et le cubisme de Picasso et de Braque. Sous l’enseignement d’André Lhote à partir de 1921, elle explore le champ de la géométrisation des formes ouvert par Paul Cézanne, et s’inscrit, plus encore que Lhote, dans le cubisme analytique des années 1920. Elle rencontre Albert Gleizes en 1922, puis son élève Robert Pouyaud ; et dans le sillage de Gleizes, elle se met très vite à réaliser des oeuvres de plus en plus proches de l’abstraction en usant de formes géométriques et de couleurs vives appliquées en aplats. 

Ces années de formation sont fondamentales pour Mainie Jellett, qui rentre à Dublin en 1923 avec Evie Hone. Jusqu’en 1932, elle viendra régulièrement rendre visite à Albert Gleizes, pionnier du cubisme et cofondateur de la Section d’Or qui aura marqué Jellett par son travail novateur et ses théories artistiques, notamment étayées dans Du Cubisme publié en 1912 avec Jean Metzinger, autre membre du groupe de Puteaux (renommé par Jacques Villon en Section d’Or à l’occasion d’une exposition). Dès lors, Jellett se lancera dans un style abstrait cubiste qu’elle tentera de transmettre aux peintres irlandais de son époque, encore tournés vers le passé.  

Mainie Jellett et le rejet du cubisme par la société irlandaise

À Dublin, où la création est encore dominée majoritairement par l’académisme, Mainie Jellett expose une oeuvre abstraite, Decoration, lors de l’exposition de la Society of Dublin Painters organisée en 1923. C’est un scandale pour les visiteurs, et un échec cuisant pour Mainie ; l’Irish Times qualifie sa peinture de « puzzle insoluble », et de peinture monstrueuse. Il faudra attendre son Homage to Fra Angelico en 1928 pour que l’art moderniste de Mainie Jellett commence enfin à séduire le public irlandais. 

En attendant son heure de gloire, Jellett suit de près le parcours de son mentor Albert Gleizes. Elle projette avec lui la décoration de l’église Sainte Blanche de Serrières, un projet dont on retrouve aujourd’hui des dessins dans la collection du Centre Pompidou à Paris. Jellett est une fervente catholique, et nombre de ses oeuvres, (non liées au projet de Serrières), semblent proposer dans un vocabulaire abstrait ou cubiste l’iconographie de la Madone à l’enfant. Souvent, les titres de ses oeuvres indiquent l’élément sacré qui s’y dissimule.

Sur son sol natal, Mainie Jellett, bien que critiquée, est appréciée par certains avant-gardistes ; ainsi, le grand poète William Butler Yeats lui permet d’exposer à plusieurs reprises dans son Dublin Radical Club en 1926, puis à la Dublin Painters Gallery les années suivantes. Mais c’est sans doute à l’étranger que la peinture de Mainie Jellett, plus en accord avec les avant-gardes européennes et loin du conservatisme irlandais, est mieux comprise, et s’affiche dans de belles expositions : Versailles, Bruxelles, et même Londres. En 1928, elle participe au concours artistique organisé durant les Jeux Olympiques d’été à Amsterdam.

Le retour à la figuration de Mainie Jellett, et l’émancipation du modernisme irlandais

La peinture de Jellett connaît ensuite une phase de « retour à l’ordre », et les éléments figuratifs reviennent se glisser au coeur des compositions, qui restent, dans leur construction, modernistes et étroitement liées à l’héritage cubiste d’Albert Gleizes. Le caractère sacré de son iconographie se renforce, et parfois un certain réalisme apparaît. Désormais, Mainie Jellett est reconnue ; elle enseigne dans diverses villes irlandaises, et écrit sur son art. Elle travaille aussi au décors de théâtres et de ballets. 

Une fin de carrière brillante et un décès précoce

En 1932, Mainie Jellett est honorée d’une médaille à l’Aonach Tailteann, un festival irlandais. 

Entre 1930 et 1943, Jellett expose à la Watercolor Society of Irland, et entre 30 et 37 à la Royal Hibernian Academy de Dublin. Cette académie sera accusée d’entraver la liberté de la nouvelle génération dublinoise, et ce n’est qu’avec l’entrée de Louis le Brocquy au comité honoraire de l’académie que l’orientation va en changer. Entre temps, Louis Le Brocquy, autre grand représentant du modernisme irlandais, va créer en 1943, avec Mainie Jellett, Evie Hone sa compagne, Jack Hanlon et Norah McGuinness un salon annuel dédié à l’avant-garde, l’Exposition irlandaise d’art vivant. C’est un grande réussite pour Mainie qui voit enfin éclore l’école moderniste irlandaise. 

Cette même année, Mainie Jellett publie son livre phare, Definition of my art, où elle retrace son parcours, de l’impressionnisme de Sickert à la découverte de Cézanne avec Lhote et jusqu’au cubisme abstrait qu’elle développe dans le sillage d’Albert Gleizes. 

 

Malade d’un cancer du pancréas, Mainie Jellett meurt en 1944 sans avoir vu l’ouverture du salon qu’elle vient de contribuer à créer avec les autres peintres modernistes irlandais. 

L’estimation des oeuvres de Mainie Jellett

Les peintures de Jellett sont rares sur le marché de l’art. Ses phases cubistes et abstraites sont les plus estimées. Le record a été atteint en 2019 à Dublin pour une huile sur toile de 1940 de style cubiste, vendue pour 110 000 euros (hors frais). Ses plus belles toiles oscillent entre 19 000 euros et le record précédemment cité. 

Ses dessins sont plus fréquents ; En 2022, la pietà, une gouache de 1936, a atteint un prix de vente de 70 000 euros. Ses gouaches abstraites sont estimées en général entre 1000 et 25 000 euros selon les dimensions, la date et la qualité du travail. 



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(Illus.) Mainie Jellett, A Composition, Sea Rythm, huile sur toile, 44 x 144 cm, National Gallery of Irland

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Marcel Asselbur

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Marcel Asselbur : les premiers pas dans le design à l’école Boulle

Marcel Asselbur est un designer de luminaires français, né en 1910. Marcel Asselbur passe semble-t-il très jeune par l’école Boulle où on le retrouve inscrit à l’âge précoce de 15 ans, en 1925, dans la liste des élèves inscrits en spécialité meuble, liste dans laquelle il est mentionné comme ébéniste de formation. Ainsi, le jeune Marcel Asselbur continue le travail le bois à l’atelier de l’école, mais il semble qu’il se forme en parallèle dans les années 1930 aux arts décoratifs et au luminaire. 

Marcel Asselbur et la collaboration avec André Arbus : l’idée d’une qualité française

Le nom de Marcel Asselbur se retrouve dans les archives d’un designer et galeriste, André Arbus. Marcel Asselbur a, durant sa carrière de luminariste et designer, collaboré et produit des modèles de lampes pour André Arbus, qui avait ouvert sa galerie avenue de Matignon en 1935, soit dix ans avant qu’Asselbur n’ouvre sa propre maison d’édition de luminaires. Parmi les plus remarquables travaux d’Asselbur pour Arbus, on compte les plafonniers imaginés pour le chantier du Palais des Consuls de Rouen, édifice reconstruit après la guerre et réaménagé entre 1954 et 56 entre autres par André Arbus et Jacques Adnet, qui avaient remporté le marché consistant à réaménager le bureau d’apparat, le grand salon et les salles de commission du Palais. Les élégants plafonniers en laiton et en verre dépoli pensés par Asselbur témoignent de la maturité de son style, résolument tourné vers la sobriété élégante qui caractérise alors le design des années 1950-60. 

 

Asselbur, dans la lignée d’Arbus, choisit des matériaux nobles et traditionnels comme le laiton, le bronze ou la céramique, (même si on retrouve parfois des matières innovantes et peu chères comme le plexiglas dans ses oeuvres), et semble lui aussi souscrire, pour certaines pièces, à l’idée d’une production française de qualité, inspirée des styles du passé comme le Louis XVI tout en réussissant une épure des formes en vogue à cette période. André Arbus refuse l’idée d’un processus industriel de création, et par ses connaissances de l’artisanat et l’association avec divers collaborateurs, il s’est plongé dans le monde du luminaire de luxe ; sans doute Marcel Asselbur profita-t-il de cette immersion dans le savoir-faire du luminaire d’art. Arbus collabore notamment avec la verrerie Veronese à la réalisation de luminaires d’exception, et avec Gilbert Poillerat, ferronnier d’art formé par Edgar Brandt. Marcel Asselbur en tire un savoir du design de luminaire qu’il va réinvestir tout au long de sa carrière au profit de sa propre entreprise. 

La maison Asselbur et la collaboration avec Georges Jouve

C’est en 1945 que Marcel Asselbur s’installe à Paris en tant qu’éditeur de luminaires à la rue de Reuilly à Paris. Il semble avoir rencontré le céramiste et sculpteur Georges Jouve à l’école Boulle, où Jouve est entré en 1927, et sorti diplômé en 1929. L’association de Marcel Assebur et de Georges Jouve va mener l’entreprise à quelques jolis succès commerciaux dans les années 1950. Parmi les collaborateurs de Marcel Asselbur, on note aussi le ferronnier d’art Gilbert Poillerat qu’Asselbur a rencontré par l’entremise d’Arbus. 

 

Marcel Asselbur collabore avec Georges Jouve des années 50 jusqu’aux années 1960, une période qui suit la décision de Jouve de délaisser totalement la céramique utilitaire pour la sculpture ; il conçoit donc ses collaborations avec Asselbur comme celles d’un sculpteur auprès d’un artisan de luminaires, surtout à partir de la fin des années 1950 où le style des luminaires créés évolue vers la ronde-bosse, délaissant le fonctionnalisme sobre du début de la collaboration. Cette volonté de sculpteur de Jouve semble s’accorder à la fibre française d’Asselbur qui, sur les traces d’André Arbus, avait appris à révérer les styles tout en volutes du passé. Les deux designers réalisent en grande majorité du luminaire, mais ils créent aussi de manière plus sporadique des miroirs, comme leur fameux miroir à six patères en céramique émaillée noire du début de la collaboration, et même du mobilier. 

 

On peut observer un exemple caractéristique du travail sobre du début des années 1950 avec le lampadaire de 1955 au piètement de céramique émaillée noire (seule partie mouvementée de l’oeuvre) et laiton patiné, dont le corps est une tige droite noire qui s’élève pour éclore sur un abat-jour beige très simple. La patine noire brillante de la céramique largement employée dans les créations de cette période est à mettre au crédit de Georges Jouve, passionné par la lumière offerte par le noir.

Les appliques « lyres » datées vers 1950, réalisées en céramique émaillée noire, laiton, acier, et abats-jours en tissus édités par Asselbur témoignent elles d’une transition entre le modernisme et le retour aux modèles du passé. Il existe d’autres appliques « lyres », réalisées en 1954, sorte de variation sur le thème de la lyre cher à Apollon, comme on surnommait Georges Jouve à l’école Boulle, et d’autres encore de 1956.

À l’inverse, d’autres luminaires en bronze, sans doute réalisés avec le concours de Poillerat, reprennent les volutes des styles français du XVII et du XVIIIème siècle. Parfois ce sont des rondes-bosses réalisées par Jouve qui viennent se substituer aux bras de lumière. Deux réalisations données à la maison Asselbur et datées des années 50, des paires d’appliques et une lampe à poser où figurent le motif d’une tête de cheval travaillée en verre, illustrent ce goût pour la tradition modernisée. Les matières nobles comme le laiton et la céramique émaillée verte y côtoient le verre travaillé en cabochon et la tôle perforée. 

 

Marcel Asselbur et Georges Jouve sont morts en 1964. La maison Asselbur a survécu à son créateur, et a notamment produit en 1978, en collaboration avec la maison de stratifiés Polyrey, pour les éditions Teda, la table en métal laqué et plateau stratifié de Michel Cadestin dont un exemplaire au piètement laqué vert est conservé au Centre Pompidou.

Estimation des oeuvres de Marcel Asselbur

A Paris, les fameuses appliques « lyres » de 1954 se sont vendues en 2022 pour la somme hors frais de 25 000 euros la paire. Le même modèle s’était déjà vendu en 2021 pour 35 000 euros hors frais la paire à Paris, établissant un record pour une oeuvre née de la collaboration Jouve-Asselbur. 

Les appliques à structure à pans coupés (à deux bras de lumière) réalisées dans les années 1950-60 par Georges Jouve et Marcel Asselbur, en laiton doré, céramique émaillée et verre taillé, qui reprennent le vocabulaire traditionnel français des appliques néo-classiques et rocaille, se sont vendues en 2013 à Paris pour la somme de 4 000 euros hors frais la paire. Une paire d’appliques presque similaire dans les matériaux et la forme, mais suggérant dans les formes deux cariatides en guise de bras de lumières dorés, a elle remporté la mise de 6 800 euros hors frais. 

 

En 2022, un lampadaire sobre en céramique patinée noire et abat-jours en textile à trois bras de lumière, modèle de 1950, a été acquis pour la somme hors frais de 5500 euros. Les prix varient fortement selon les modèles, les dates et les matériaux de fabrication, ainsi que les auteurs ; s’il s’agit d’Asselbur seul, ou si l’oeuvre a été réalisée en collaboration avec Georges Jouve, dont la célébrité fait monter les estimations. 

Faites estimer une œuvre d’Ossip Zadkine

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Estimation gratuite Maria Blanchard

Maria Blanchard

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Estimation et cote de l'artiste María Blanchard

Découvrez la vie de María Blanchard à Paris, et sa peinture singulière inspirée du cubisme. Besoin d’une expertise concernant María Blanchard ? Contactez l’équipe d’Estimonobjet !

Estimation gratuite Maria Blanchard

Prix des œuvres de Maria Blanchard

  • Peintures - entre 4 000 € et 500 000 €

  • Dessins - entre 900 € et 100 000 €

  • Estampes - Entre 100 € et 1 000 €

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María Blanchard, de l’Espagne à Paris : itinéraire d’une jeune peintre moderniste

María Blanchard est née à Santander en Espagne en 1881, d’un père espagnol directeur de journal et d’une mère franco-polonaise, dont elle choisira de conserver le patronyme de Blanchard. Elle est atteinte de nanisme, doublé d’une grave cypho-scoliose qui lui déforme la colonne vertébrale, et sera sa vie durant bossue et percluse de douleurs physiques. Les moqueries d’enfants font d’elle très tôt une jeune fille émotive et timide, qui se replie dans la peinture et en explore toutes les modalités d’expression. En 1902 elle s’installe à Madrid où elle étudie un art plutôt académique, sous la férule de Sotomayor, Emilio Sala et quelques autres peintres qui se laissent toutefois séduire – dans des mesures très contrôlées – par la peinture d’avant-garde et révisent légèrement leur vocabulaire pictural en en modernisant quelques aspects.

María Blanchard à l’assaut de Paris (1909-1913) : naissance d’une peintre cubiste

Forte de cette éducation artistique, Blanchard se fait remarquer lors de l’exposition nationale des Beaux-Arts à Madrid et gagne une bourse en 1909, décernée par la ville de Santander. La jeune peintre part alors pour Paris, centre européen du modernisme et des avant-gardes. S’y déploient notamment le cubisme de Georges Braque et Pablo Picasso, ainsi que le fauvisme, emmené par ses trois hérauts, Henri Matisse, André Derain et Maurice de Vlaminck. Ces deux mouvements influenceront la jeune espagnole, surtout le cubisme. À Paris, María Blanchard ne cesse pas d’étudier : elle fréquente l’académie Vitti, où elle a pour maîtres (entre autres) Kees Van Dongen et l’espagnol Anglada Camarasa, puis elle entre à l’académie Vassilieff. Van Dongen et Camarasa lui font connaître Diego Rivera, une rencontre importante qui va marquer la phase suivante de sa vie de peintre.

Un bref retour en Espagne avant l’établissement définitif à Paris de María Blanchard

La guerre met un terme temporaire à son activité parisienne, et María Blanchard rentre en Espagne, où le succès ne semble pas être au rendez-vous. Titulaire de la chaire de dessin à Salamanque où elle vit pendant quelques mois, elle retrouve vite Madrid. Plusieurs événements importants marquent pourtant cette période espagnole en demi-teinte : Blanchard partage momentanément un atelier avec le peintre Diego Rivera qu’elle a connu lors de son séjour parisien. Elle fréquente le café de Pombo chers aux amis du peintre Ramón Gómez de la Serna, diffuseur du cubisme en Espagne. Ce dernier la fait participer à l’exposition Pintores integros (peintres intègres) qui contribue à faire connaître le modernisme et le cubisme dans son pays. En 1914, elle rencontre le sculpteur Jacques Lipchitz, très influencé par le cubisme. Dès 1916, elle décide de rentrer en France.

L’adhésion au cubisme de María Blanchard et le retour à l’ordre

Dès lors, l’adhésion de Blanchard au cubisme est totale. Guidée par son ami Juan Gris et le galeriste Léonce Rosenberg qui l’expose à la galerie L’Effort Moderne, elle développe un style tiré du cubisme analytique. María Blanchard gravite autour de nombreux artistes qui s’inscrivent dans le sillage du cubisme, souvent mâtiné des couleurs pures du fauvisme de Matisse. Elle est notamment liée au groupe de la Section d’Or, et fréquente surtout Jean Metzinger, avec qui elle partage une vision colorée et une géométrisation lisible du cubisme initié par Braque et Picasso. André Lhote est aussi l’un de ses fidèles compagnons de route. Metzinger et Juan Gris sont sans doute les artistes de l’avant-garde à Paris qui ont le plus influencé la peinture de Blanchard. Pourtant, elle va s’éloigner peu à peu de la géométrisation du monde observée par les post-cubistes. La figure humaine est toujours centrale chez Blanchard, même dans au coeur de sa période la plus géométrique.

Dans les années 1920, elle opère, comme beaucoup d’artistes dont Pablo Picasso lui-même, un « retour à l’ordre » en revenant à une figuration plus claire, et privilégie les personnages solitaires. Son tableau La Communiante, peint sept ans avant, est présenté en 1920 au Salon des indépendants, et annonce cette nouvelle phase : tonalités métalliques, personnage solitaire, atmosphère austère. Dans ces peintures assagies de la peintre espagnole, les jeunes femmes, les mères et les enfants se rapprochent parfois dans leur traitement de l’esthétique de Foujita, mais toujours ses compositions se ressentent de l’influence passée du cubisme. Soutenue par un mécène, Franck Flauch, elle s’éloigne des soucis financiers et peut s’adonner à la peinture sans plus se préoccuper du matériel, qui lui a tant de fois fait défaut au cours de sa vie d’artiste. Mais en 1927, son ami Juan Gris meurt et la laisse dans une mélancolie dont l’artiste ne se remettra jamais. Elle se replie dans la religion, ce dont témoignent ses choix iconographiques des années 1927-1930. Atteinte de tuberculose, María Blanchard s’éteint en 1932. Elle laisse pour seule élève Jacqueline Rivière.

L’estimation des oeuvres de María Blanchard

La cote de l’artiste semble en berne depuis une petite décennie. Il n’en demeure pas moins que le travail de María Blanchard connaît encore des pics dans les ventes aux enchères. Qu’en est-il des estimations ? Si les toiles cubistes de María Blanchard sont les plus prisées, celles datées de sa phase de « retour à l’ordre » dans les années 1920 connaissent également un grand succès. Les estimations pour les plus belles oeuvres cubistes de la peintre espagnole s’étalent entre 200 000 et 350 000 euros, tandis que pour ses personnages plus tardifs, les prix s’échelonnent plutôt entre 25 000 et 130 000 euros selon les sujets, la taille de l’oeuvre et son traitement.

Ses dessins se font rares en vente. Peu nombreux sont ceux qui sont apparus sur le marché de l’art depuis les années 2000. Ils se divisent en deux catégories. Les pastels aux teintes métalliques de l’artistes, représentant un personnage, peuvent se vendre jusqu’à 100-150 000 euros, s’ils sont conçus comme des créations complètes. Les pastels esquissés se situent dans une fourchette allant de 2000 à 15 000 euros. Les prix sont plus abordables pour les esquisses plus simples.

(Illus.) María Blanchard, Maternité, 1924, Musée d’art et d’industrie de Roubaix.

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Mathieu Matégot

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Prix des œuvres de Mathieu Matégot

  • Mobilier - entre 100 € et 50 000 €

  • Objets - entre 100 € et 8 000 €

  • Luminaires - entre 150€ et 50 000 €

  • Tapisseries - entre 600 € et 20 000 €

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Mathieu Matégot : les premiers pas d’un décorateur touche à tout

Mathieu Matégot est un designer français d’origine hongroise. Il est né en 1910 à Tapio-Sully en Hongrie, à quelques kilomètres de Budapest. Il est inscrit à l’Académie Jaschick et à l’école des Beaux-Arts de Budapest, où il se forme et rencontre Vasarely, avant de débuter comme décorateur de théâtre, au théâtre National de Budapest. À l’âge de 19 ans, Mathieu Matégot s’envole pour l’Italie et les Etats-Unis. Il s’installe finalement à Paris en 1931, coeur des avant-gardes en Europe. Mathieu Matégot est étalagiste pour les Galeries Lafayette, mais diversifie rapidement son activité, devenant créateur de décors aux Folies Bergères, et dessinateur pour une agence de publicité. Mais surtout, Matégot se fait engager chez un éditeur de meubles. Il dessine notamment en 1933 une gamme de mobilier en métal et rotin, un matériau encore peu utilisé à l’époque, mais qui sera l’un des matériaux fétiches des designers des années 50-60. 

C’est aussi dans les années 30 que Mathieu Matégot, qui n’a jamais abandonné le dessin et la peinture, se tourne vers la tapisserie. Entre 1939 et 1944 il intensifie son travail de peintre de cartons de tapisserie. Le travail de Matégot dans divers domaines de la décoration, le mobilier design et la tapisserie, ne lui apporte pas encore la reconnaissance qu’il mérite. Et Matégot s’engage dès 1939 dans le conflit mondial, durant lequel il est fait prisonnier. Jusqu’en 1945, il disparaît de la scène artistique parisienne. 

Mathieu Matégot entrepreneur et inventeur du rigitulle

Durant la guerre, Matégot s’est familiarisé avec le travail de la tôle et du métal dans une usine de production mécanique où le prisonnier avait été réquisitionné. Mathieu Matégot rentre à Paris fort de ce savoir nouveau. Le designer est naturalisé français, et il fonde son propre atelier de mobilier, qu’il développera ensuite à Casablanca, conservant la maison-mère parisienne. Mathieu Matégot mérite le titre de pionnier : il utilise le bois, le métal, le verre, mais aussi le rotin, le formica et la tôle perforée dont il a découvert les propriétés de malléabilité et de résistance. Il conçoit des tables, des chaises, bureaux et meubles de design, ainsi que des objets du quotidien, corbeilles, porte-parapluies et caches-pots. 

Mathieu Matégot fait breveter en 1952 le rigitulle, un procédé de pliage en accordéon d’une plaque de tôle perforée, qui permet d’en augmenter la résistance mécanique. Son style est né, à mi-chemin entre le design et la décoration, la commodité et l’innovation joyeuse. En témoigne sa plus fameuse création, pensée vers 1950 et réalisée en 1954, la chaise tripode Nagasaki, mêlant la tôle, l’acier tubulaire, et les matières plastiques en plein essor comme le skaï. L’année suivante il créée le modèle de canapé Copacabana en employant les mêmes matériaux, un modèle destiné lui aussi à connaître un grand succès. 

Mathieu Matégot succès et fin de carrière dans le design

Mathieu Matégot connaît enfin la renommée qui sied à son travail novateur. Il expose régulièrement au Salon des artistes décorateurs et au Salon des arts ménagers, ou au Pavillon de Marsan, où l’on croise les grands designers de l’époque, Pierre Guariche, Motte et Mortier, Prouvé, et tant d’autres. Auprès de certains d’entre eux, Charlotte Perriand, Jean Prouvé et Jean Royère notamment, il participe à de multiples chantiers, à commencer par la décoration de l’un des foyers de la Maison de la radio, à Paris. En 1949 il est membre de la Société des Artistes Décorateurs. Les affaires sont florissantes pour Matégot. Son atelier parisien emploie une vingtaine d’ouvriers, il a ouvert une succursale au Maroc et en 1959, ouvre un bureau d’études à Londres. Matégot est reconnu, et remporte de nombreuses médailles et distinctions : il est fait officier de l’Ordre des arts et des lettres en 1953, remporte le Grand prix de l’exposition internationale de Madrid la même année, ou encore la médaille d’or de la XIIème triennale de Milan. Pourtant, Mathieu Matégot nourrit une passion secrète, née dans les années 1930 : la tapisserie. Aussi, alors qu’il est au sommet, il arrête le mobilier design : entre 1959 et 1964, Matégot vend les parts de son entreprise à ses associés, peu après l’ouverture du bureau de Londres.

Mathieu Matégot un designer passionné de tapisserie

Mathieu Matégot a toujours conservé le goût du dessin de tapisserie. Découverte dans les années 1930, cette activité avait repris pour Matégot après la guerre. En 1945, il avait commencé en effet à concevoir des tapisseries éditées par la maison Tabard à Aubusson. La passion de Mathieu Matégot le pousse à adhérer en 1950 à l’Association des peintres cartonniers de tapisserie, un groupe d’artistes organisé par Jean Lurçat. Il travaille à la réalisation de cartons, et, dans le sillage de Jean Lurçat, stylise les motifs, avant d’abandonner la figuration au profit d’une abstraction géométrisante, renouvelant le vocabulaire de cet art ancestral et sur le déclin. Matégot développe la technique du piqué, qui lui permet de dégrader les couleurs et de travailler les effets de camaïeu. 

Son succès est international : les commanditaires se nomment Banker Trust Company à New-York, Musée de l’air et de l’espace de Washington, National Library of Australia à Canberra… sans oublier diverses institutions françaises. En 1961, alors qu’il cesse son activité de production de mobilier, il se met également à enseigner la tapisserie aux Beaux-Arts de Nancy. Mathieu Matégot, en passionné, tente de défendre la tapisserie lors de la crise économique des années 70. En 1990, il créée la fondation Mathieu Matégot pour la défense de la tapisserie contemporaine, à Bethesda aux Etats-Unis (Maryland), mais son travail de designer fait ombrage à sa carrière méconnue de tapissier. Matégot se consacre à la tapisserie jusqu’à son décès, en 2001, à Angers. 

L’estimation des oeuvres de Mathieu Matégot

Les meubles design de Mathieu Matégot connaissent un grand succès auprès des collectionneurs. En 2021, le record a été battu pour l’une des chaises phares du designer, la chaise papillon de 1954 conçue en rigitulle et acier tubulaire, dont un exemplaire s’est vendu à Paris pour 1650 000 euros hors frais. Parmi les modèles emblématiques de la société Matégot, les suspension « satellites » de 1953 connaissent également un intérêt croissant, et s’estiment aux alentours des 30 000 euros la paire ou les trois. En dehors du cadre des records, le mobilier de Mathieu Matégot varie dans les estimations selon le type de mobilier, la date de création, les matériaux employés et les modèles. 

Mathieu Matégot est bien plus connu comme designer que comme tapissier. Ses tapisseries connaissent cependant une belle croissance dans les estimations. Le record pour une tapisserie (datée de 1950) a été battu en 2018 pour 30 500 euros hors frais à Paris. Cependant, elles oscillent en général entre 1 000 et 8 000 euros pièce. 

En lien avec Mathieu Matégot

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Max Ingrand

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Découvrez l’histoire de Max Ingrand, le maître-verrier de l’Art Déco et du modernisme français
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Max Ingrand la formation au travail du verre et au design

Max Ingrand est né en 1908 à Bressuire dans les Deux-Sèvres, mais il grandit à Chartres. C’est là que se dessine sa vocation de verrier et designer, sous les feux des vitraux de la cathédrale qui l’éblouissent. En 1925, le jeune Max Ingrand s’inscrit à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs à Paris. Ingrand suit les cours de dessin et d’art industriel. C’est à cette époque qu’il rencontre sa future femme, Paule (dite Paulette) Rouquié, et l’initie au monde des arts décoratifs. Suivant sa passion pour le verre, Max Ingrand entre en 1927 dans l’atelier du verrier Jacques Gruber comme peintre verrier. Il apprend la technique du vitrail et de l’émail. En 1928, Ingrand fait des recherches sur les techniques de gravure sur verre (gravure au sable et à l’acide). C’est à cette période qu’il aurait suivi l’enseignement d’Henri-Camille Lemaresquier à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.

Max Ingrand et Paulette Rouquié : premiers pas du couple dans le design du verre

Diplôme en poche, Max Ingrand réalise avec sa femme des lambris et du mobilier recouverts de verre et décorés d’éléments aquatiques pour aménager la salle de bain de la décoratrice Elsie de Wolfe, une technique qu’ils reprennent deux ans plus tard pour celle de la baronne de Gunzburg.

Installé et marié à Paule Rouquié en 1931, Max Ingrand fonde cette même année avec Emile Schwartz et Paul Demane la société Studium, spécialisée en vitrail et gravure sur verre. 

Dans le couple, Paule est à l’iconographie, Max à la réalisation. Les Ingrand présentent leurs créations au salon des artistes décorateurs, et c’est un succès immédiat, qui leur vaut même une commande pour l’hôtel de ville de Puteaux. En 1932, après la dissolution de Studium, Ingrand refonde une société avec Emile Schwartz, qui durera jusqu’en 1935. Mais le couple travaille surtout en binôme. Max et Paule Ingrand participent au Salon des artistes décorateurs et rencontrent de grands designers comme Louis Süe, Maxime Old, Jules Leleu ou Jean Royère.

Max et Paule Ingrand : un couple qui remet le verre gravé au goût de l’Art Déco

En 1933, Max et Paule Ingrand sont chargés de décorer l’intérieur de l’église de Sainte-Agnès de Maisons-Alfort ; Paule réalise les fresques, Max Ingrand les vitraux : il se hisse dans la catégorie rare de maître-verrier, un statut qu’il ré-endosse l’année suivante pour réaliser les vitraux de la cathédrale Saint-Nicaise de Rouen. La carrière du couple Ingrand est lancée, et ils décorent même cette année-là la brasserie parisienne Le Triomphe.
En 1935, le couple Ingrand devient membre des Ateliers d’art sacré et de la Société des Artistes Décorateurs. Avec ce groupe, ils participent à de nombreux projets et obtiennent des commandes. Signes de leur succès : ils produisent en 1935 des panneaux de verre gravé pour le paquebot Le Normandie, en 1936 les Ingrand participent à une exposition organisée par Christofle, et ils présentent aussi leurs oeuvres à la galerie Le Charpentier, tandis que l’année d’après, à l’Exposition Internationale ils réalisent de nombreux ouvrages, participant notamment au Pavillon des artistes décorateurs avec Jean Royère et d’autres designers Art Déco. Max Ingrand est également choisi pour réaliser avec un ferronnier les portes monumentales du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, ainsi que pour divers travaux pour le théâtre du Palais de Chaillot.
Mais la guerre s’abat sur l’Europe. Entre 1940 et 1945, Max Ingrand est captif dans un camp aux confins de la Saxe et de la Silésie. À son retour, Paule, qui a continué à exposer au Salon des Artistes décorateurs, demande le divorce.

Max Ingrand et le vitrail : la carrière solo du maître-verrier

Max Ingrand se concentre alors sur le vitrail et participe activement à la Reconstruction, en collaboration avec la commission des Monuments Historiques. Accompagné de Jean Gourmelin et Claude Serre qui dessinent les vitraux, il contribue à réhabiliter plusieurs églises en les habillant de verre, dont, en 1947, la cathédrale Saint-Gatien de Tours. Ingrand est aussi fait chevalier de la Légion d’honneur. En 1949 il devient président de la section vitrail du Salon des artistes décorateurs. En parallèle il continue son travail de réinvention de vitraux pour les églises selon commandes des Monuments Historiques, comme en 1953 aux Jacobins de Toulouse. Il participe au Salon d’art sacré de Cologne (1949), de Paris (1951) et produit des verres fumés et gravés pour le paquebot Ile de France (1949). Max Ingrand part à la conquête du monde américain, commençant par réaliser les vitraux d’une église au Canada, puis travaillant aux Etats-Unis, et même à São Paulo où il réalise les vitraux de la cathédrale néo-gothique. Sa carrière prend un tour international. 

Max Ingrand directeur artistique de Fontana Arte en 1954 puis directeur de Verre Lumière

Puis c’est l’Italie qui l’appelle. Nommé par Gio Ponti, architecte fondateur de la firme Fontana Arte, Max Ingrand y reste treize ans. L’année de son arrivée il réalise une fameuse lampe en verre blanc, toujours éditée aujourd’hui. Il se concentre sur le luminaire. En parallèle, il devient vice-président de la société des artistes décorateurs. Max Ingrand est au faîte de sa gloire. En 1960, il décore la piscine des premières classes du paquebot France. Cette même année, il aménage le hall du nouveau siège de Saint-Gobain à Neuilly-sur-Seine. Les années 60 sourient à Max Ingrand, qui remporte tous les concours de luminaire et de décoration ; il travaille avec les Niermans pour les auditoriums de la Maison de la radio, la tour Total, et en 1966, il est chargé de décorer le siège social de Peugeot. En 1967 il est élu vice-président de l’Association française de l’éclairage, et en 1968, président. 

Décidé à mener ses travaux sur les luminaires à bien, Ingrand cède ses droits de directeur artistique de Fontana Arte à Gae Aulenti, et inaugure en 1968 la société Verre Lumière, en collaboration avec la manufacture de Saint-Gobain et la Compagnie des lampes Mazda. Jacques Vidal dirige l’établissement, qui édite entre autres les oeuvres de Michel Mortier, Joseph-André Motte, Ben Swildens, Michel Boyer et d’autres grands designers français de l’époque.  

 

Mais l’année d’après, en 1969, Max Ingrand décède des suites d’une grippe, laissant la Société des artistes Décorateurs organiser en hommage au maître-verrier phare de l’Art Déco une exposition autour de l’intégration du verre et de la lumière dans l’architecture d’intérieur.

L’estimation des oeuvres de Max Ingrand

Les luminaires de Max Ingrand comptent parmi les oeuvres les plus prisées du maître-verrier. Record battu en 2017, pour un plafonnier (modèle n°2243 de 1958 pour Fontana Arte), vendu 147 000 euros hors frais à Londres. Seuls les luminaires dépassent le cap des 80 000 euros. En dessous, on retrouve des miroirs, des tables, des lampes à pied, des chandeliers et autres objets d’art. Les estimations varient fortement selon les modèles, les dates de création et les firmes. Les vases et autres objets réalisés en partie en verre connaissent une courbe des estimations beaucoup plus basses que les luminaires, qui restent les objets favoris des collectionneurs.  

Faites estimer une œuvre de Max Ingrand

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Michel Boyer

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Estimation et cote de l'artiste Michel Boyer

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Les premiers pas de Michel Boyer vers le design

Michel Boyer de Rebeval, dit Michel Boyer, est né en 1935 dans une famille d’artisans et d’architectes modernistes. Il étudie à l’École des Beaux-Arts de Paris avant de passer à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs sous la férule d’André Arbus, faisant ses premiers pas de designer dans l’atelier de l’un des maîtres consacrés de la Reconstruction, qui sera nommé en 1965 académicien des Beaux-Arts.

En 1960, Michel Boyer rejoint l’agence de Pierre Dufau, l’architecte reconstructeur de la ville d’Amiens. Pierre Dufau, avec son immense équipe, termine alors le chantier du Palais des Sports de Paris. C’est lui qui va ouvrir la voie du succès à Michel Boyer.

 

Michel Boyer à la conquête de Paris : les premiers chantiers de luxe et la Galerie Rouve

Après la fin de la construction du lieu, Boyer participera à un autre chantier de prestige, la construction d’un immeuble situé rue Laffitte à Paris, pour la Banque Rothschild, dont le projet débute en 1965, et où il croisera le célèbre architecte américain Max Abramovitz. Michel Boyer fait ses preuves, et ce sera lui qui sera chargé de sa décoration intérieure en 1967. Hall en verre et métal, comptoir de la réception en acier, aménagement des bureaux avec des commodes en aluminium et des portes coulissantes en inox… Ce projet le précipitera vers un immense succès auprès des grands patrons et du gouvernement, qui lui confieront tous de nouveaux aménagements à réaliser en toute liberté, jusqu’à la fin de sa carrière.

 

En parallèle, Michel Boyer poursuit ses recherches de design, et ouvre la galerie Rouve, à la rue Bonaparte à Paris, en 1968. Il y met en scène ses propres productions, comme le fameux tabouret X en cuir et acier brossé plié et courbé créé en 1968, mais aussi celles d’autres designers qu’il a à coeur de promouvoir : Sheila Hicks, Yonel Lebovici, Marino di Teana, François Arnal, Guy de Rougemont, Eric Borja ou Gae Aulenti, le designer de mobilier et successeur de Max Ingrand en tant que directeur artistique de la firme italienne Fontana Arte. Ces designers talentueux dont s’entoure Michel Boyer, il les fait également entrer dans son univers décoratif, exploitant les qualités esthétiques et fonctionnelles de leur mobilier pour les placer dans les intérieurs qu’il aménage, aux côtés de ses propres productions.

Le style de Michel Boyer

Durant les années 1970, Michel Boyer créée un mobilier et des aménagements raffinés, en associant de nouveaux matériaux bon marché comme le lamifié, la fibre de verre ou le post-formage de stratifiés à des matériaux métalliques comme l’acier ou à des produits plus nobles comme les essences de bois exotiques, le cuir ou le laque. Son fameux tabouret X ou les chauffeuses en inox tubulaire rehaussées de boudins de cuir créées pour Elie Rothschild témoignent, déjà avant 1970, de ces choix esthétiques et fonctionnels opérés par le designer. 

 

Critiqué un temps pour son accointance avec le monde de la finance et des puissants, Michel Boyer, grâce au chantier des Rothschild qui le fit connaître, aménagea ensuite les sièges sociaux de Paribas, d’UBCI en Tunisie, de la Banque Inter-arabe de Tunisie ou de Neuflize Schlumberger. De là, sans doute, ainsi que de la fréquentation de ses clients privilégiés comme Elie Rothschild, l’Aga-Khan ou Liliane Bettencourt, tire-t-il son image de décorateur mondain attiré uniquement par le luxe ; ses productions, élaborées à partir de nouveaux matériaux accessibles ainsi que son soutien aux jeunes créateurs contredisent les médisances, même s’il est évident que l’élégance et la sobriété furent toujours recherchées par le designer comme signes distinctifs, en correspondance avec le pouvoir affiché par ses commanditaires les plus prestigieux.

Michel Boyer, une brillante carrière

Michel Boyer est désormais reconnu à l’international. Les entreprises françaises le choisissent aussi : Dior et Lanvin, mais aussi Balmain, vont faire appel à ses talents pour décorer leurs espaces, sans compter l’Oréal, JCDecaux ou encore Möet et Chandon.

En 1972 déjà, Michel Boyer décorait l’hôtel PLM Saint-Jacques, où dès le hall, sa fameuse jardinière et son lustre imposant en tubes transparents annonçaient le style moderniste du décorateur. Pour son travail de mobilier moderniste, en 1978, Michel Boyer reçoit le prix René Gabriel. Outre les distinctions, ce sont ses commandes qui l’honorent et lui confèrent un statut d’incontournable : la Régie Renault, les entreprises Total et Vivendi, Alstom, la Tour Elf à la Défense, Michel Boyer semble être de tous les projets qui comptent. 

En parallèle des grands patrons, les institutions publiques s’allouent les services de Michel Boyer : la préfecture de Créteil, puis les ambassades de France à Brasilia en 1974 et à Washington DC en 1975, dont les lampes notamment sont toujours prisées des collectionneurs. Boyer resta jusqu’au bout un designer ouvert aux défis les plus surprenants : l’un de ses derniers chantiers en date fut celui de l’église Notre-Dame d’Espérance, rue de la Roquette à Paris, pour lequel il imagina en 2007 un mobilier en bois de Macassar. Michel Boyer est mort en 2011.

L’estimation des oeuvres de Michel Boyer

En 2022, le bureau conçu pour Elie de Rotschild vers 1970, en acier brossé, cuir et bois de noyer, s’est vendu pour la somme de 33 300 euros hors frais. De même, l’une des fameuses chauffeuses boudin de Boyer (édition Rouve) a trouvé preneur en 2021 pour 32 000 euros hors frais à Paris. Autre record, une paire de ses tabourets en X de 1968 a été remporté pour 19 000 euros, signe que la cote de Michel Boyer est à la hausse depuis quelques années. Ses lampes Brasilia en métal laqué, modèle créé pour l’ambassade du Brésil, s’estiment aujourd’hui entre 4 000 et 7 000 euros. 

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Ossip Zadkine

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Découvrez le parcours d’Ossip Zadkine, le grand sculpteur avant-gardiste franco-russe du Paris de l’entre-deux guerres. Besoin d’une expertise concernant Ossip Zadkine ? Contactez l’équipe d’Estimonobjet !

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Les débuts de sculpteur d’Ossip Zadkine entre l’Angleterre et la France

 

Ossip Zadkine est né en 1890 à Vitebsk, actuelle Biélorussie, et grandit à Smolensk où son père est professeur de lettres classiques. Sa mère est d’origine écossaise. Déjà, le petit Zadkine dessine à tout va, et s’amuse avec la terre glaise pour réaliser des sculptures. En 1905 on l’envoie à Sunderland (nord de l’Angleterre) chez son oncle afin qu’il étudie l’anglais. Il s’inscrit aux cours du soir prodigués par l’Art School locale, et dès 1906, part pour Londres, sans l’assentiment parental. Il y travaille en taillant des ornements de meubles et de lutrins, et en 1907, il s’inscrit à l’école polytechnique de Regent Street où il suit les cours du soir. Il hante les couloirs du British Museum et s’inscrit en 1908 à l’Arts and crafts school. Sa vocation est née. 

Réconcilié avec ses parents après un voyage en Russie, il s’installe à Paris en 1910, où il suit durant six mois l’enseignement trop académique pour lui du sculpteur Jean-Antoine Injalbert. Désireux de simplifier les formes, comme ses confrères Modigliani, Archipenko ou Brancusi, Zadkine cherche sa voie. Elle sera influencée par le cubisme mais s’en distinguera à bien des égards. Il s’installe dans un atelier de la Ruche en 1910. 

Ossip Zadkine dans le Paris des avant-gardes

 

Dès 1911, Zadkine expose au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne. En 1912, il s’installe dans son propre atelier, rue de Vaugirard. Il fréquente la Closerie des Lilas, Le Dôme et la Rotonde, et y côtoie le tout-Paris, Apollinaire, Max Jacob, Marie Laurencin, Matisse, Picasso, Delaunay, Blaise Cendrars ou encore Jacques Lipschitz. Jusqu’à l’orée de la guerre il fréquente les salons artistiques et intellectuels, comme celui de la baronne d’Oettingen, et il expose dans les grands rendez-vous parisiens, Salon d’automne en tête. Il change d’atelier, commence à vendre ses sculptures. Zadkine est un adepte de la sculpture en taille directe, la manière la plus ancestrale de sculpter, qui répond aux formes archaïques qu’il à coeur de remettre en vogue, tant leur simplicité et leur efficacité l’émeuvent. 

Cet élan créatif est ébranlé par la guerre : Zadkine s’engage, et devient infirmier-brancardier. Gazé, il sera réformé en 1917. De cette sombre expérience, il rentre avec des fusains exécutés rapidement, dont il tire vingt gravures. Il présente ses dessins de guerre accompagné de Modigliani et Kisling en 1918.

Ossip Zadkine et l’heure des grands succès

Zadkine tient enfin sa première exposition personnelle en 1919. Elle a lieu à Bruxelles, à la galerie Le Centaure. Il expose aussi dans son propre atelier un peu plus tard, fin 1919. Cette année marque son mariage avec Valentine Prax, une jeune peintre, voisine d’atelier. Une autre rencontre marque sa carrière et sa vie : celle d’André de Ridder, critique qui le suivra toujours. Dès cette époque, Zadkine expose et connaît le succès. Jean Cassou puis Maurice Raynal le repèrent très vite et publient sur lui des articles élogieux. Il expose en France, aux Pays-Bas, en Belgique, aux Etats-Unis, au Japon, en Italie ; sa carrière se déploie tout au long des années 20 pour prendre une envergure internationale. 

Entre 1921 et 1925, le sculpteur propose un art dont les lignes se rigidifient et s’aiguisent, orientées par le cubisme de Braque et Picasso. Mais bientôt, elles reprennent leur souplesse, chères à Zadkine, qui n’est d’aucun bord artistique, sinon le sien propre ; son oeuvre se rapproche de celle d’autres sculpteurs de l’époque, Lipschitz, Archipenko, Brancusi, sans toutefois le céder à un art personnel et toujours identifiable, passant de la figuration à l’abstraction en toute liberté. À cette époque il se détache de l’unique taille directe pour le bronze (coulage) et le plâtre, qui diversifie son approche plastique. 

En 1928 il installe son atelier rue d’Assas. Zadkine est partout, Bruxelles, Menton, l’Angleterre, il répond aux innombrables commandes et participe à de multiples expositions, dont, en 1930 l’exposition de l’art Club de Chicago, où il exposera avec Valentine Prax en 1931 après un voyage en Grèce qui sera pour le couple une source d’inspiration. Entre autres.

Le couple s’installe bientôt aux Arques, dans le Lot, en 1934. Jusqu’au début de la seconde Guerre Mondiale, Zadkine voyage, expose (Manchester, Chicago, New-York, le Petit-Palais) mais en 1941, il doit s’exiler pour fuir le nazisme et part aux Etats-Unis. 

Le temps de l’exil et de l’enseignement

 

Zadkine donne des leçons à l’Arts Student League de New-York. Il sculpte peu, mais présente des dessins à la Galerie Wildenstein et à la Galerie Pierre Matisse, où il renoue avec d’autres français en exil, Chagall, Léger, Lipschitz. Il expose aussi, entre autres, à la galerie Bignou de New-York, à l’Arts Club de Chicago. Puis il rentre à Paris en 1945, et enseigne à la Grande Chaumière. Il travaille au projet de La Ville détruite, inspiré par les destructions de la guerre, qui sera inauguré à Rotterdam en 1953. 

En 1949, le Musée National d’art Moderne de Paris lui dédie une grande rétrospective, et en 1950, à la Biennale de Venise, il obtient le Grand Prix. Les hommages (publications et expositions) à son travail de sculpteur hors-norme ne se comptent plus. Il continue à exposer ses nouveautés, souvent monumentales désormais, et se dit toujours en quête d’un art qui corresponde à ses émotions et pensées, à sa réception du monde. 

En 1962, il commence la rédaction de ses mémoires, Le Maillet et le ciseau. Il songe à ouvrir une fondation, et en 1964 le premier catalogue raisonné de ses oeuvres est publié : Zadkine est prêt pour la postérité. À sa mort en 1967, il laisse deux lieux, son atelier de la rue d’Assas et sa maison du Lot. Les deux seront transformés en musées. 

L’estimation des oeuvres d’Ossip Zadkine

 

Récemment, le record pour une sculpture de Zadkine a été atteint à Londres en 2017, pour un résultat de 768 900 euros (hors frais), remporté par une tête de Bouddha en bronze datée de 1919 (35 cm de hauteur). Les prix varient beaucoup, entre le record cité et certaines oeuvres e dépassant pas les 1000 euros, selon le matériau, la taille, la date d’exécution et la qualité de l’oeuvre. 

 

Les plus beaux dessins des années 20 tournées vers le cubisme (techniques mixtes en couleurs) peuvent atteindre les 50 000 euros, plus généralement situés entre 10 000 et 25 000 euros, tandis que les esquisses au fusain, à l’encre de chine ou au crayon de couleur ne dépassent pas les quelques milliers d’euros d’estimation. 



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(Illus.) Ossip Zadkine, Lotophage, 1961-62, bronze, Tel Aviv Museum of Art.

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Paco Durrio

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Paco Durrio, des débuts basques au Paris de Gauguin

Francisco Durrio de Madron est né à Valladolid en 1868 dans une famille de vanniers. Jusqu’en 1881, il étudie à la Escuela de Artes y Oficios de Bilbao, dans l’atelier d’Antonio Lecuona, avant de rejoindre l’Académie des Beaux-Arts de San Fernando à Madrid, où il se forme à la sculpture avec Justo de Gandarias. 

En 1884, une bourse en poche, il part s’installer dans le Paris des post-impressionnistes. Il y rencontre Paul Gauguin, de retour de Tahiti, avec lequel il noue une amitié étroite, passée à la postérité dans les écrits de Charles Morice, ami de Gauguin et théoricien symboliste. Ils partagent un atelier avec Alphonse Mucha. Durant cette période, le peintre réalise un portrait de la mère de Durrio, que celui-ci conservera avec ferveur. Puis Gauguin part. À la liquidation de son atelier en 1895 pour son départ définitif aux Marquises, c’est Durrio qui sera chargé de disperser les oeuvres ou de les conserver, et il récupérera aussi des moules de sculptures du maître de Pont-Aven, en éditera un certain nombre avec Ernest Chaplet, grand céramiste qui forma Gauguin et Durrio à son art, avant de poursuivre seul ce travail à la mort de Chaplet en 1909 ; il produira alors des éditions en grès. Gauguin, aux Marquises depuis cinq ans, réalise un portrait fameux de Paco Durrio à la guitare sur fond orange, en souvenir de leur amitié (voir photo). Durrio sera également l’exécuteur testamentaire de Gauguin.

En 1892, trois ans avant le départ de Gauguin, Paco Durrio change toutefois d’atelier pour rejoindre les autres espagnols de Montmartre, ses amis les peintres Ignacio Zuolaga et Pablo Uranga.

Paco Durrio et son art, la sculpture et le bijou

L’univers de Paco Durrio est durablement marqué par l’Art Nouveau, l’orientalisme, certains artistes comme Odilon Redon et Francisco de Goya, mais aussi et surtout par Paul Gauguin. Il mentionnera l’importance de Gauguin pour l’art du XXe siècle en 1905 dans le numéro spécial d’été du Mercure de France. 

Entre symbolisme, onirisme et formes simplifiées façon avant-garde, Paco Durrio créée des sculptures et des céramiques qui peuvent s’apparenter aux divinités inventés par Gauguin à Tahiti. Travaillant le bois, la pierre et les incrustant de pierres précieuses, la sculpture de Paco Durrio est innovante, souvent au carrefour entre nature, abstraction et anthropomorphisme. 

Ses bijoux le sont aussi, inspirés à la fois des formes antiques et organiques, mais résolument tournés vers l’avenir et la simplification de la forme qui caractérisera les avant-gardes parisiennes. En 1894, il présente son travail chez Le Barc de Boutteville à Paris et rencontre un franc succès, qui se renouvellera au cours du temps, notamment en 1900 à l’occasion de l’exposition d’art moderne de Bilbao, ou encore en 1925, lors de l’exposition internationale des Arts Décoratifs à laquelle il participera.

Paco Durrio, Pablo Picasso et Julio Gonzalez

En 1901, Paco Durrio s’installe dans un atelier du Bateau-Lavoir. Il y reçoit notamment ses compatriotes, qui arrivent d’Espagne sans savoir où loger. Passeront chez lui Julio Gonzalez, futur collaborateur dans la création de bijoux, Pablo Picasso, jeune prodige à qui Paco Durrio laissera son atelier en 1904 pour aller s’installer ailleurs, trouvant finalement son nouvel atelier impasse Girardon. Il reçut aussi au bateau-lavoir Pablo Gargallo, le sculpteur, ou ses amis basques de Montmartre, Uranga et Francisco Iturrino. 

Paco Durrio rencontre Apollinaire dans cette ambiance bohème de Montmartre où les artistes préparent les révolutions picturales à venir, notamment le cubisme, par Picasso et Georges Braque. Sa grande collection d’oeuvres laissée par Gauguin attire les intellectuels et les peintres de Montmartre.

Paco Durrio, une fin de carrière minée par la pauvreté

Paco Durrio continue sa carrière de sculpteur, céramiste et orfèvre. Il apprend la céramique à Picasso, collabore avec lui, ainsi qu’avec Julio Gonzalez, avec lequel il partage une fonderie pour  réaliser bijoux et sculptures dans les années 1908-1918. Pourtant, contrairement à ses deux amis espagnols, le succès public n’est pas au rendez-vous. 

Après la guerre, il répond à un concours organisé par Clémenceau, qui souhaitait faire édifier un Temple de la Victoire dans Paris ; en 1920, Durrio présente son projet au Salon d’Automne. Il reçoit a légion d’honneur en 1922, et l’Etat achète la maquette en 1925. Elle sera détruite dans les bombardements de 1944. La carrière de Paco Durrio est jalonnée par la réalisation de grands monuments qui lui permettent de vivre : la tombe de la famille de son ami artiste Echevarrieta, ou encore le Monument au musicien Crisostomo Arriaga réalisé à Bilbao entre 1906 et 1933. Malgré ces grandes réalisations, Paco Durrio survit difficilement.

La seule vraie richesse de Durrio est sa collection de toiles, dessins et sculptures laissée par son ami Gauguin, très convoitée par les esprits éclairés de Paris, mais jamais il ne souhaita vendre ces précieuses oeuvres. Cependant un hôte peu scrupuleux les lui déroba, et Paco Durrio dut les racheter au brocanteur chez qui les toiles avaient été négociées par le voleur. 

Durrio, dont les oeuvres ne se vendaient pas bien, dut se résoudre peu à peu à changer de métier pour survivre, et se fit conseiller et courtier ; il orientait les achats des riches familles qui se lançaient dans la collection d’oeuvres d’art. 

En 1939, trop pauvre pour payer son loyer, il est obligé de quitter Montmartre. En 1940, il meurt ruiné à l’hôpital. 

L’estimation des oeuvres de Paco Durrio

Les oeuvres de Paco Durrio sont extrêmement rares sur le marché de l’art. Récemment, en 2019, une petite céramique, « le Cygne », 38 x 36 x 26 cm, s’est vendue à Paris pour 26 000 euros. Les céramiques plus petites encore se vendent autour des 5 000 à 15 000 euros pièce. Ses bijoux en bronze sont estimés, pour les pendentifs, dans une fourchette située entre 4 000 et 5 500 euros. Tout dépend de la matière, de la taille, du style et de l’état de conservation. 

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(Illus.) Paul Gauguin, Le joueur de guitare (portrait de Paco Durrio), vers 1900, huile sur toile, 90 x 72 cm, collection particulière, Londres.

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Patrick Henry Bruce, enfance américaine d’un peintre qui se découvre à Paris

 

Patrick Henry Bruce est né en 1881 à Long Island (Virginie, USA) dans une famille de planteurs du sud américain en faillite, mais c’est à Richmond qu’il débute son apprentissage artistique, à partir de 1897, aux cours du soir de l’Art Club de Richmond, avant de suivre un professeur, Edward Valentine, au Virginia Mechanicals Institute où il étudie en 1900-1901. Bruce y perfectionne son art du dessin à main levée, un processus créatif important dans la conception des oeuvres qu’il réalisera plus tard. En 1902, il s’installe à New-York et poursuit pendant deux ans ses études d’art auprès de William Merritt Chase et Robert Henri à la New York School of Art. Sous l’égide de ses maîtres, il se tourne vers l’avant-garde et délaisse l’impressionnisme, comme c’est le cas d’à peu près tous les artistes de cette génération. 

La découverte des avant-gardes : le long séjour à Paris de Patrick Henry Bruce (1904-1936)

En 1903, porté par cette influence venue tout droit de France, Bruce séjourne à Paris, où il se réconcilie avec sa future épouse, Helen Kibbey, du groupe de la New York School de Chase, partie elle aussi pour l’Europe. La destination d’Helen était la Hollande, où elle voulait découvrir les maîtres anciens, la nature morte et le paysage. La nature morte influencera pour toute sa vie Patrick Henry Bruce, qui fera naître dans ce genre ses plus belles oeuvres. Ce dernier s’installe définitivement à Paris en 1904, et épouse Helen Kibbey en 1905. Paris est alors au coeur de l’avant-garde et du modernisme. Bruce y fréquente les grands collectionneurs Leo et Gertrude Stein, dont les fameux salons sont peuplés par les Hemingway, Fitzgerald, Picasso et tous les artistes de ce début de siècle florissant. En contrepoint, son appartement du boulevard Arago devient un point de ralliement pour tous les peintres et artistes américains, qui réalisent ensemble leur rêve d’immersion dans la vie parisienne au moment du soulèvement du modernisme.

Patrick Henry Bruce et le temps des rencontres décisives : du Fauvisme d’Henri Matisse à au cubisme orphique de Robert Delaunay

C’est en 1907 que Patrick Henry Bruce fait la connaissance d’Henri Matisse. Matisse a lancé son académie de peinture, rue de Sèvres, où l’on compte de nombreux élèves américains. Bruce ne manque pas à l’appel. Inspiré par la géométrisation des formes de Cézanne, il nourrit également un goût violent pour la couleur pure de Matisse. Entre cubisme et fauvisme, sa peinture mue, elle se libère de tous les carcans de la peinture traditionnelle. Il entre de plein-pied dans le modernisme.

En 1912, son ami Arthur B. Frost, père de la bande dessinée, lui présente deux artistes cruciaux dans le développement de son art : Robert et Sonia Delaunay. Le couple a fondé un nouveau mouvement, le cubisme orphique (ou orphisme), mais Robert Delaunay a aussi participé à l’exposition de la Section d’Or de Jacques Villon, Jean Metzinger et Fernand Léger ; au coeur de l’activité artistique bouillonnante du début du siècle, Robert et Sonia Delaunay font découvrir tout un pan du modernisme post-cubiste à Patrick Henry Bruce, et lui ouvrent la voie à une synthétisation des formes encore inédite pour lui, dépassant de loin le grand précurseur du cubisme que fut Cézanne. Ils l’orientent vers un penchant irrésistible pour l’abstraction. La voie singulière choisie par les Delaunay, passant par une géométrie rigoureuse et bi-dimensionnelle alliée à la joie de la couleur, fut une voie décisive dans l’art de Patrick Henry Bruce. 

Les natures mortes géométriques de Patrick Henry Bruce : la production fugace d’un génie du modernisme post-cubiste

Travaillant pour les Delaunay durant deux ans, Bruce s’oriente de plus en plus vers l’abstraction. Il expose trois toiles cubistes qui s’en rapprochent en 1913, au Salon des Indépendants et au Salon d’automne, et quatre à l’Armory Show. 

En 1915, Bruce change totalement de style, libéré de l’influence des Delaunay pour lesquels il a cessé de travailler ; il composera désormais à partir de photographies. Cette phase de sa création, cependant, ne dure pas. 

Dès 1917, il se met à réaliser ses natures mortes géométriques, à base de cubes, de cylindres et autres formes essentielles de la géométrie chères aux avant-gardes parisiennes. Les couleurs de ses formes sont héritées du fauvisme et des Delaunay, primaires et pures, utilisées en aplats. Il expose au Salon Salon des Indépendants et poursuit dans sa nouvelle voie, strictement géométrique. 

 

Mais en 1919, il se sépare de sa femme, qui rentre aux Etats-Unis avec leur enfant. Patrick Henry Bruce s’isole, il souffre de mélancolie et brûle la majeure partie de ses toiles en 1933. On considère qu’il en resterait aujourd’hui une vingtaine en circulation. Patrick Henry Bruce vit durant les années 30 reclus à Versailles, loin de l’agitation du Paris des avant-gardes et des salons.

En 1936, à peine rentré à New-York, il se suicide. 

L’estimation des oeuvres de Patrick Henry Bruce

On connaît peu d’oeuvres encore existantes de Patrick Henry Bruce. Ses natures mortes géométriques sont très recherchées. En 2018, l’une de ses natures mortes s’est vendue pour 1 419 216 euros (hors frais) à New-York. Les oeuvres les plus nombreuses en collection sont aujourd’hui celles qui datent de la première période parisienne de Bruce, autour des années 1909-1912. Bouquets et feuillages dans la lignée de Cézanne et Matisse sont estimés entre 5 000 et 50 000 euros, selon le sujet, le traitement et le support. Les estimations des rares destins listés aux enchères (trois) oscillent entre 1000 et 7 000 euros d’estimation

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